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Michela Meni : "Le reflet évolue, mais l'essence demeure"

Savoir insuffler une désirabilité inattendue à une tenue de randonnée, transformer l'androgynie en quelque chose d'extrêmement féminin, dénicher des pièces vintage irréprochables et saupoudrer chacun de ses looks d'une forme de poésie : Michela Meni fait tout cela avec une aisance naturelle assez fascinante. D'où mon envie de lui poser quelques questions…
Michela Meni
As-tu un souvenir d'enfance lié à l'habillement qui continue d'influencer ta manière de t'habiller aujourd'hui ?
Ma relation aux vêtements n'a pas commencé à un moment précis - j'ai plutôt l'impression qu'elle a toujours été là. Je me souviens d'une cérémonie importante : j'avais six ou sept ans. Toutes les autres filles portaient une tenue très traditionnelle, avec jupes amples, cols blancs brodés, collants assortis et chaussures "d'occasion spéciale" choisies par leurs mères. Moi, j'ai demandé (et même insisté) pour que la mienne me choisisse quelque chose de totalement différent : un jean neuf, une chemise bleu clair à fleurs soigneusement repassée et empesée, deux nattes et une paire de mocassins. Pendant la cérémonie, personne ne remarqua rien : ma tenue était entièrement cachée sous le vêtement officiel. Ce n'est qu'au déjeuner, lorsque je l'ai retiré, qu'elle est apparue. Aujourd'hui, en tant que mère, je pense souvent à l'effort qu'a dû fournir la mienne pour accepter et soutenir un choix si éloigné des conventions de l'époque. Avec le recul, je crois que ce moment contenait déjà une grande part de ce que je suis et de la manière dont je m'habille.

Quel rôle le vêtement joue-t-il sur ton humeur du jour ?
Cela dépend du jour, du moment. J'aime m'habiller, chercher les bonnes proportions, l'équilibre entre longueurs, poids et textures. Pour moi, les vêtements peuvent refléter l'humeur d'un instant précis, mais le principe reste toujours le même : j'ai besoin de me sentir à l'aise. Et être à l'aise, c'est aussi se sentir forte, assurée, féminine. Quand on est vraiment bien dans ce que l'on porte, on a l'esprit libre pour faire face à la journée sans être absorbée par des ajustements vestimentaires. Les vêtements cessent d'être un problème et deviennent un allié.

Quand tu composes un look, qu'est-ce qui compte en premier : la matière, la couleur, le volume, la sensation sur la peau ?
Difficile d'établir une hiérarchie. Je pars en général d'une pièce que j'ai envie de porter et laisse le reste s'organiser naturellement autour. La couleur et l'équilibre d'ensemble guident souvent mes choix. Le poids des matières joue également un rôle dans la composition de mes looks.

As-tu une base de look sur laquelle tu construis, ou te réinventes-tu chaque matin ?
Je fonctionne par phases, comme pour beaucoup de choses. J'aime changer, et je combine rarement les pièces exactement de la même façon deux fois de suite. Il y a presque toujours une variation : une couleur de chemise, un accessoire, une autre paire de chaussures. Quand j'ai l'esprit particulièrement chargé, le soir, il m'arrive d'imaginer ce que je pourrais porter le lendemain. C'est un exercice silencieux qui m'aide à ordonner mes pensées.
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Penses-tu au regard des autres en t'habillant ?
Au moment de choisir mes vêtements, non. Je pense à ce que je ressens et je veille à me reconnaître dans celle que je vois dans le miroir. Parfois, lorsque j'introduis un accessoire ou une combinaison plus audacieuse, je me demande comment cela va être reçu, mais c'est assez fugace. Plus jeune, le jugement extérieur pesait davantage. La confiance et l'estime de soi étaient plus fragiles, et sortir de la norme semblait davantage un handicap qu'une force. Aujourd'hui, le regard des autres ne me conditionne plus.

As-tu toujours eu ce style, ou s'est-il construit par phases ?
J'ai toujours eu un intérêt instinctif pour les vêtements, mais mon style a évolué naturellement avec le temps. J'ai toujours privilégié une féminité discrète, légèrement androgyne. Je suis attirée par les détails - ceux que seuls les regards attentifs remarquent - et l'excentricité pour l'excentricité ne m'a jamais intéressée. J'ai une forte affinité avec le vestiaire masculin classique, que je me suis progressivement approprié. Ma relation à la féminité a aussi changé : aujourd'hui j'en reconnais pleinement la valeur. Me sentir belle et féminine, sans tomber dans les clichés, m'a aidée à trouver un équilibre qui m'appartient profondément.

Comment définirais-tu ton style aujourd'hui ?
Un équilibre entre structure et spontanéité. Une féminité discrète, souvent androgyne, construite par les détails plutôt que par les effets spectaculaires. J'aime les pièces qui ne cherchent pas à capter l'attention, mais qui durent dans le temps. C'est le résultat d'un long chemin où je me soucie de moins en moins d'impressionner et de plus en plus de me sentir alignée.

Le développement de ta marque a-t-il modifié ton rapport aux vêtements ?
Développer ma marque a inévitablement modifié ma relation aux vêtements. Elle est née spontanément, mais elle s'enracine dans un chemin plus long qui s'est construit au fil du temps. À un moment, j'ai réalisé que je portais souvent des pièces introuvables (vêtements vintage, ou empruntés aux garde-robes des femmes de ma vie). De là est né le désir de donner forme à une idée de vêtement simple et élégant, capable de se transformer grâce à l'accessoirisation. Aujourd'hui, je pioche la plupart de mes vêtements au sein du vestiaire de ma marque, mais je continue d'observer et de chercher. Le monde de la seconde main reste une ressource précieuse. Les achats impulsifs sont rares, la seule vraie exception, ce sont les chaussures… Pour tout le reste, ma garde-robe se construit lentement, consciemment.
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Achètes-tu un vêtement en fonction de ceux que tu possèdes déjà (afin de les compléter) ou fais-tu confiance à la pièce pour trouver sa place naturellement ?
Pour construire une garde-robe cohérente, il faut savoir ce que l'on possède, comprendre ce que l'on aime porter, quelles formes et quelles couleurs nous conviennent. Ce n'est qu'à partir de là que les nouvelles pièces peuvent entrer en dialogue avec le reste. Avec le temps, cette capacité s'affine, et tout devient plus intuitif.

Le visage et le corps changent avec le temps : comment le vis-tu, et le vêtement t'aide-t-il à accompagner cette évolution ?
En même temps que le visage et le corps, l'esprit mûrit. Ce qui me trouble davantage que le temps qui passe, c'est la tentation de se cacher derrière des styles qui ne nous appartiennent plus. Le reflet évolue, mais l'essence demeure et souvent se précise. Les vêtements peuvent accompagner ce processus. Chaque phase a sa propre saison, et mérite à mes yeux d'être reconnue.

Est-ce le vêtement qui s'adapte à ta vie, ou ta vie qui s'adapte au vêtement ?
C'est le vêtement qui doit s'adapter à la vie.

Tes tenues de montagne sortent des codes mais restent très photogéniques. Comment les penses-tu ?
Je n'aime pas les vêtements techniques. Je suis attirée par une façon de m'habiller simple et épurée, construite autour de matières choisies en conscience et en harmonie avec le paysage. En montagne, j'aime jouer avec les superpositions, les poids et les contrastes. C'est une manière instinctive de s'habiller, plutôt qu'un calcul.

Quel conseil donnerais-tu à une adolescente aujourd'hui ?
Je lui dirais qu'elle n'a pas besoin de ressembler à tout le monde. Qu'il n'y a aucun mal à ne pas se maquiller beaucoup si cela ne lui correspond pas, et que prendre le temps de comprendre ses goûts en vaut la peine. Je lui rappellerais que les vêtements sont un langage, au même titre que l'éducation et les manières. Qu'elle choisisse des pièces qui lui permettent de se sentir à l'aise, en paix avec elle-même, pour qu'elle puisse se sentir assurée, et ensuite tourner son attention vers tout ce qui compte vraiment.

Son compte Instagram : https://www.instagram.com/michelameni/
Sa marque : https://michelamenistudio.com/

L'article "Le bon style" rédigé en 2021 : https://fr-ch.tendances-de-mode.com/2021/12/10/4412-michela-meni-le-bon-style
Par Lise Huret, le 14 janvier 2026
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