Les carnets de bord

Vendredi 24 avril 2026

Fous rires suisses / 95C / Paraboot indomptées

Dimanche

13h - Chez nos amis en Suisse, je savoure ce mélange rare de naturel, de fous rires et d'harmonie. Les combinaisons fonctionnent dans tous les sens : confidence d'un enfant à un adulte, jeux entre les plus petits, duos entre adultes autour de la machine à café, éclats de rire à sept…
Je sais que cette journée est unique et précieuse. Il faut la savourer car, même si je n'ai qu'une envie (la revivre), je sais qu'elle est, par nature, irréproductible. Il ne faut pas être trop gourmand. Chercher à la reproduire risquerait d'altérer la perfection de notre souvenir.

22h - Aéroport de Zurich. Issue d'une famille de six enfants, je n'ai pas grandi dans les avions, loin de là, mais il nous arrivait de prendre le train. Et même si, à la maison, nous étions très libres, on nous avait appris à nous tenir en société. Jamais nous n'aurions sauté sur les sièges, hurlé, réclamé quoi que ce soit à tue-tête ou frappé dans le siège du voisin. Qu'est-ce qui a changé ? Dolto ? L'avènement de l'enfant roi ? En tout cas, ce soir, il y a un vrai problème. Les parents du vol vers Lisbonne semblent avoir confondu la liberté d'exprimer ses émotions - lorsque l'on est un enfant - avec le fait de les imposer à deux cents personnes.

Lundi

8h34 - Je pourrais aller surfer, mais j'ai pris tellement de retard que je ne m'en laisse pas la possibilité. J'enchaîne emails, articles, conseils. Régulièrement, je lève la tête et souris à Julien. Nous avons vraiment aimé notre escapade en Suisse. Nous ne nous verrions pas y vivre - chaque voyage nous amène à nous poser la question - mais cela nous a fait un bien fou de plonger les orteils dans l'eau glaciale des lacs helvètes.

20h25 - On fait découvrir à Charles la série Downton Abbey. C'est agréable d'avoir le sentiment d'être plongé dans une époque sans que le réalisateur cherche à la lisser ou à la conformer aux standards d'aujourd'hui.

Mardi

9h30 - Face à l'eau, j'identifie les courants. Là-bas, le rip current ; plus près du bord, un courant latéral assez fort. Rien de vraiment dangereux. Il y a des surfeurs. Je file sur ma planche vers le pic. Je prends quelques vagues. À la fin de l'une d'elles, je me retrouve dans le courant latéral sans m'en rendre compte. Je ne m'affole pas, je rame tranquillement, lorsque je réalise que j'ai été fortement déportée sur le côté et que je suis entraînée au large.
Je me retourne vers la plage : elle est déjà loin, et il n'y a plus de vagues. Évidemment, je suis dans le rip current. Je sais que ce n'est pas vraiment dangereux : il suffit de ramer sur le côté pour retrouver une zone de vagues. Mais soudain, je manque d'air. Mon cerveau n'a pas oublié mon accident d'il y a un mois. J'essaie de me raisonner, mais c'est impossible. La panique monte. J'ai l'impression que je n'atteindrai jamais les vagues. Je me dis que si je tombe à l'eau, je vais me noyer, tant il m'est difficile de respirer.
Alors je me parle : « Inspire, expire, rame ». Tout cela me semble durer des heures - alors que non. J'arrive enfin dans la zone des vagues. J'essaie d'en attraper une, sans succès. Je n'ai plus d'air. Puis une autre, enfin, me ramène vers le bord. J'arrive sur la plage. Je tremble. Je ne comprends pas comment mon cerveau, censé me sauver dans les situations compliquées, a pu déclencher une crise d'angoisse au moment même où j'avais besoin d'être en pleine possession de mes moyens. Je ne comprends pas, et cela me fragilise considérablement.

12h39 - 6e jour de mon cycle. Normalement, c'est la période que je préfère : énergie sans fin, appétit faible, libido au maximum, contact social facile… Mais aujourd'hui, pas de lune de miel hormonale : seins gonflés, ventre tendu. J'ai terriblement faim et j'ai du mal à garder les yeux ouverts. L'épisode de ce matin ne doit pas être totalement étranger à cette fatigue, mais le 95C n'a, lui, rien à voir avec le surf…

15h - Je renvoie ma robe Zara : elle est trop grande. Je ne la recommanderai pas en S, car j'ai réalisé que le fait de devoir la porter sans soutien-gorge, alors que le haut n'est pas doublé, allait me poser problème.

17h34 - Je sors ma dernière sculpture du four. Elle est chaude comme une brioche. Je la pose sur mon bureau ; j'ai envie de vivre un peu avec elle avant de choisir comment la colorer. En ce moment, je traverse une période étrange en sculpture : après cette pièce, il n'y a plus rien en cours. C'est rare. D'ordinaire, il y a toujours quelque chose qui sèche, qui attend d'être cuit, émaillé, finalisé. Là, rien. Je crois que je suis dans une période de gestation.

18h - J'annule la soirée à laquelle je suis censée assister. J'ai terriblement envie de dormir.

Mercredi

10h - Préparation de la vidéo. Tout me semble insurmontable. Je bugue devant mon ordinateur.

11h34 - Je mange, sans réussir à m'arrêter.

13h - Je dors.

14h56 - Je travaille comme un zombie.

17h - Je ne veux pas sombrer, alors je souris, même si, à l'intérieur, c'est le chaos.

23h - Je referme Une éducation de Tara Westover. C'est la deuxième fois que je le lis. Relire les livres qui m'ont marquée fait partie des choses qui me rassurent. Avancer en terrain connu me permet souvent de déceler une myriade de subtilités qui m'avaient échappé à la première lecture.

Jeudi

6h32 - Tout ce qui m'attend dans les prochains jours défile dans ma tête. J'ai trop chaud. Le sol de la cuisine oscille. Je m'assois contre le réfrigérateur ; son ronronnement me réconforte. J'ouvre mon portable pour regarder la “beachcam”. Les vagues sont grandes, mais surfables. J'ai envie d'y aller, mais, d'un coup, ma respiration s'accélère. Je m'essouffle alors même que je suis immobile. Apparemment, je ne suis pas prête à retourner dans l'eau.

10h - Je reçois les Michael de Paraboot. J'ai enfin franchi le pas. Dans ma main, elles sont à la fois lourdes et légères. La qualité de leur confection saute aux yeux. Je les enfile : elles me vont, même si elles auraient peut-être pu être un tout petit peu plus grandes. Je fais quelques essais dans ma chambre. Jupe, robe, jean. Hum. Elles sont moins faciles à porter que je ne l'imaginais. Il va falloir que je les apprivoise.

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