Vendredi
14h30 - Le Tamagotchi revient… Il serait même sur le point de détrôner les figurines Labubu. Autrefois symbole d'une technologie envahissante, ces petites capsules aux doudous pixelisés m'apparaissent aujourd'hui presque rassurantes face aux smartphones, aux IA et aux objets connectés omniprésents.
23h20 - D'abord un peu floue, ma vision s'ajuste et la Voie lactée devient lisible. Le cou en angle droit, je me laisse happer. Les points brillants se relient. Mes constellations favorites, Orion et Cassiopée, apparaissent. Jupiter scintille particulièrement ce soir.
Samedi
8h - Éplucher les patates douces, couper les courgettes et le gingembre frais, mélanger les épices... L'odeur de la coriandre moulue ravive aussitôt le souvenir des ruelles de Sharm el-Cheikh. Cuisson lente jusqu'à ce soir, et ce curry devrait être velouté à souhait.
9h - Tiens, il y a de la poussière sur le haut du piano, ce vase est ébréché, les vitres sont sales… C'est fou comme mon regard sur mon environnement change lorsque je reçois des gens à la maison.
11h - « Charles, as-tu nettoyé derrière les toilettes ? »
13h - Nous remontons à pied du village. Notre voisin élague un arbre aux délicates fleurs blanches. Tant de beauté au sol nous serre le cœur. Nous ramassons une belle branche. Dix minutes plus tard, elle confère au salon un air japonisant.
18h50 - Tout est prêt. La crème anglaise, la pâte du fondant au chocolat, le plateau d'apéritifs… Je suis douchée, la table est dressée, la maison rutilante. Une seule envie : aller me coucher.
19h - L'ancienne professeure canadienne de Charles franchit la porte d'entrée. Notre amitié remonte à l'époque où il avait 5 ans et apprenait à lire dans sa classe, à Toronto.
À 70 ans, cette Sud-Africaine qui a eu mille vies me fascine autant qu'elle m'attendrit. Elle a cette densité rare des êtres que l'existence a froissés sans jamais les détruire.
La présence de son mari - un Anglais d'une élégance exquise, doté d'un humour piquant et d'un savoir-vivre d'une autre époque - est la cerise sur le gâteau de ces retrouvailles.
20h - Les pompons de mes chaussons grecs suscitent une jalousie espiègle. Je sais ce que j'offrirai à mes amis à Noël…
Dimanche
1h30 - Les étoiles sont encore incroyablement brillantes cette nuit.
8h - « La cuisine est un carnage. »
- « Laisse, fais ce que tu veux, je m'en occupe. »
- « Merci, mon chéri. »
Jamais de fleurs, mais des attentions de cette nature par dizaines. Je lui laisse les piles d'assiettes et vais siroter mon thé sur la pelouse.
10h - Allée 5, emplacement 26 : ça, c'est pour le fauteuil. Pour le bureau électrique, il faut descendre au -1.
On s'est enfin décidés à repenser mon espace de travail. Avec un peu de chance, ce bureau sera plus efficace sur le long terme que mes séances chez l'ostéo.
Lundi
7h - La marée est trop basse, les vagues cassent trop vite. Je tente quand même. J'en prends quelques-unes, mais impossible de glisser longtemps.
Une plus grosse arrive. Je m'engage. Au dernier moment, je comprends qu'elle va fermer. Trop tard. Elle m'emporte. Bong. Mon surf percute violemment mon casque. Dans ces moments-là, la honte d'en porter un me paraît dérisoire.
9h10 - Les tenues des Oscars défilent. Pas de coup de cœur.
12h - Après 40 minutes d'attente, je me décide à aller demander à la secrétaire s'il y a un souci avec mon rendez-vous médical. Je lui donne le nom du docteur. Elle me regarde, interloquée.
« Mais on ne vous a pas prévenu ? Il a pris sa journée. »
Non, on ne m'a pas prévenue, sinon je ne serais pas là…
14h10 - En position debout devant mon nouveau bureau depuis 45 minutes, je vis une petite révolution. La tension dans mon cou a disparu, je sens mes fessiers travailler, je peux danser au rythme des musiques que j'écoute tout en tapant mes textes…
16h - Je découvre que je peux avoir accès facilement aux commentaires laissés dernièrement sur nos anciennes vidéos YouTube. Mmmh… certains sont assez cruels. Je devrais fermer l'ordinateur, mais une envie malsaine m'incite à continuer. Il n'y en a pas beaucoup, mais ils font mal.
La confiance en soi et l'élan qu'exige chaque vidéo sont aussi fragiles qu'une jeune pousse de radis sortant de terre. Le seul moyen de lui permettre de grandir, c'est de la protéger farouchement.
Je vais demander à Julien de filtrer les commentaires sur YouTube.
Je comprends les acteurs qui ne lisent pas les critiques sur les réseaux sociaux. C'est inhibant et cela n'apporte rien.
Mardi
5h - Bleu, turquoise, lavande, bleu ciel. Bleu, turquoise, lavande, bleu ciel. Bleu, turquoise, lavande, bleu ciel… Le pelage de ma pieuvre prend forme. La sculpture m'apprend la patience, ce qui, me concernant, relève du miracle.
9h10 - Voilà un peu plus d'une heure que je suis debout devant mon ordinateur. Aucune douleur au cou. Et une vitalité sans commune mesure avec celle que je ressens après le même temps passé assise.
10h - J'écoute en boucle “Die With a Smile”, que Charles m'a fait découvrir ce week-end. J'étais complètement passée à côté. Elle correspond si bien à mon état d'esprit du moment… c'est troublant.
19h - Je bois un verre avec une amie américaine de passage à Cascais. Elle me parle de sa fille et, très naturellement, de la dernière intervention de chirurgie esthétique de cette dernière. Elle me montre une photo. Je vois une jeune femme de 26 ans à l'arête du nez lisse, aux pommettes légèrement saillantes, à la peau parfaite, au front tendu. Une jeune femme dont la perfection est devenue banale. Elle ressemble à tout le monde, son image glisse. Elle n'a plus rien de la singularité de celle que j'avais croisée il y a cinq ans. Devant la désinvolture de mon amie sur le sujet, je comprends soudain que la société n'est pas en train de changer. Elle a déjà changé. L'envie d'aller m'exiler au fin fond de la Lozère n'a jamais été aussi forte.
Mercredi
7h10 - Délicatement blanc, frais sans être romantique, ce bustier-brassière est le parfait compromis entre ma lingerie trop “Petit Bateau” et les ensembles over-sexy. Je me regarde. Je me découvre moins garçon manqué que je ne l'imaginais.
11h - Déluge de pluie.
14h10 - Galliano vient de signer un contrat de deux ans avec Zara pour retravailler les archives de la marque. Pensées en vrac : il doit furieusement avoir besoin d'argent ; le terme “archives” appliqué à Zara est pour le moins pompeux quand on sait à quel point la griffe s'inspire librement des autres créateurs ; n'y a-t-il donc plus une maison de couture capable de lui offrir un cachet suffisant pour qu'il puisse exprimer son art comme il se doit ?
21h - « OVNI - OSNI : L'Hypothèse endogène », « La traque secrète des OVNIS par le Pentagone », « Ovnis & civilisations galactiques »… Mon petit péché mignon entre deux romans ? Télécharger sur Kindle des extraits de livres que je n'achèterai jamais, mais dont la thématique m'amuse. Lorsque j'ai de la chance, j'ai même droit à plus de quarante pages gratuites.
Jeudi
5h - Je finalise la vidéo que je dois tourner aujourd'hui. Être levée avant l'aube est un plaisir dont je ne me lasse pas. Le temps s'écoule différemment. La réalité du jour ne s'est pas encore ancrée.
6h30 - La dernière œuvre de mon sculpteur préféré me transperce le cœur. Que l'on puisse faire surgir de la glaise un tel mouvement, une telle émotion, me sidère.
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